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Statut, comptabilité, fiscalité et compte bancaire de la micro-entreprise (services ou produits)

Cette page couvre ce qui est vrai pour n'importe quel indépendant en France, que vous vendiez des prestations, des produits, ou les deux — coiffeur, esthéticienne, photographe, masseur, coach, consultant, restaurateur, et plus largement tout métier de service ou de vente en micro-entreprise : le fonctionnement de la micro-entreprise, sa fiscalité, le moment où la société s'impose, l'expert-comptable, le compte bancaire dédié et le principe général de l'assurance RC Pro. Les spécificités propres à votre activité (immatriculation, diplôme, risques assurantiels documentés pour votre métier) sont traitées dans le guide dédié à votre profession, qui renvoie ici pour la partie commune.

Micro-entreprise : le point d'entrée

Depuis 2023, la déclaration d'activité passe par le Guichet unique de l'INPI, qui a remplacé les Centres de Formalités des Entreprises (CFE). Selon la nature de votre activité, le Guichet unique vous redirige vers l'organisme compétent pour l'immatriculation au Registre National des Entreprises (RNE) — Chambre de Métiers et de l'Artisanat (CMA) pour une activité artisanale, Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) pour une activité commerciale, ou enregistrement direct pour une profession libérale. Le Répertoire des Métiers, qui existait avant 2023, a été supprimé et remplacé par le RNE.

Ce qui peut réellement imposer un changement de statut

2 cas précis, légaux :

  1. 1Dépassement du plafond de la micro-entreprise — 83 600 € pour les prestations de services et 203 100 € pour la vente de marchandises en 2026. Un dépassement pendant 2 années consécutives entraîne la sortie du régime micro. Il n'est toutefois pas obligatoire de créer une société : l'entreprise individuelle peut simplement quitter le régime micro et passer au régime réel.
  2. 2Volonté de s'associer — la micro-entreprise est une entreprise individuelle, donc elle ne permet pas d'avoir plusieurs associés. Si vous souhaitez entreprendre à plusieurs, il faut alors créer une société (SAS, SARL, etc.).

En dehors de ces deux cas, passer en société (SASU, EURL) reste un choix d'optimisation, pas une obligation. Des repères reviennent régulièrement dans les guides spécialisés — chiffre d'affaires autour de 50 000-60 000 €, charges réelles dépassant l'abattement forfaitaire du régime micro (34 % pour les prestations de services), tranche marginale d'imposition élevée — mais ce sont des indications à vérifier avec un professionnel, pas des seuils légaux.

Point à corriger par rapport à ce qu'on lit souvent : l'argument « créer une société pour protéger son patrimoine personnel » a perdu l'essentiel de sa portée depuis la réforme du 15 mai 2022 (loi Indépendants). Tout entrepreneur individuel, y compris en micro-entreprise, bénéficie désormais d'une séparation automatique entre patrimoine personnel et patrimoine professionnel, sans société à créer.

Fiscalité de la micro-entreprise

Le principe est simple : l'impôt et les cotisations se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé (pas facturé), avec un abattement forfaitaire qui tient lieu de charges déductibles — vous ne pouvez pas déduire vos frais réels en plus. Les taux dépendent uniquement de la nature de l'activité, pas du métier :

CatégorieSeuil micro 2026Abattement IRCotisations socialesVersement libératoireFranchise TVA (base / majoré)
Vente de marchandises, restauration, hébergement203 100 €71 %12,3 %1 %85 000 € / 93 500 €
Prestations de services (BIC) — artisanat, commerce83 600 €50 %21,2 %1,7 %37 500 € / 41 250 €
Professions libérales (BNC)83 600 €34 %25,6 % (23,2 % si Cipav)2,2 %37 500 € / 41 250 €

Abattement minimum : 305 €. S'ajoute à ces taux de cotisations la contribution à la formation professionnelle (CFP), environ 0,1 % à 0,3 % selon l'activité. Seuils micro valables 2026-2028 ; seuils de franchise TVA inchangés en 2026 (le projet de seuil unique à 25 000 € a été abandonné).

Quelle ligne vous concerne ?

  • Vente de marchandises, restauration, hébergement — boutique, e-commerce, revente de produits, restaurateur, chambre d'hôtes.
  • Prestations de services (BIC) — coiffeur, esthéticienne, prothésiste ongulaire, artisan du bâtiment (plombier, électricien, maçon...), taxi/VTC, moniteur auto-école.
  • Professions libérales (BNC) — coach (sportif ou professionnel), consultant, formateur, développeur web, graphiste, photographe (prestations), traducteur. Liste plus complète en FAQ ci-dessous.
Vous vendez aussi des produits ? Un coiffeur ou une esthéticienne qui vend des produits en plus de ses prestations doit scinder les deux dans chaque déclaration : les taux de cotisations, les abattements et les seuils de franchise TVA ne sont pas les mêmes pour la vente et pour les prestations. Déclarer le tout en « prestations » revient à payer plus de cotisations que nécessaire sur la part vente.

Versement libératoire : une option, pas un choix par défaut

Par défaut (sans rien demander), l'abattement forfaitaire s'applique automatiquement : le solde de vos recettes s'ajoute aux autres revenus du foyer et suit le barème progressif de l'impôt sur le revenu, comme un salaire.

Option : le versement libératoire change cette mécanique : vous payez l'impôt directement avec vos cotisations, chaque mois ou trimestre, en appliquant un taux fixe sur votre chiffre d'affaires (1 %, 1,7 % ou 2,2 % selon l'activité, voir le tableau ci-dessus) — sans attendre la déclaration de revenus annuelle.

Deux conditions pour en bénéficier :

  • Le revenu fiscal de référence de votre foyer, calculé sur les revenus d'il y a deux ans (2024 pour une option en 2026), ne doit pas dépasser 29 315 € par part de quotient familial (58 630 € pour un couple sans enfant).
  • La demande se fait sur l'espace URSSAF avant le 30 septembre pour s'appliquer l'année suivante (ou dans les 3 mois suivant la création de votre activité).

Faut-il la choisir ? Un taux fixe sur le CA ne dépend pas de vos autres revenus, contrairement au barème progressif qui augmente avec eux. L'option devient donc intéressante si votre foyer est déjà imposé dans une tranche élevée : vous évitez que ce revenu supplémentaire soit taxé plus lourdement au barème. À l'inverse, si vous êtes peu ou pas imposable, payer 1 à 2,2 % de votre CA peut coûter plus cher que l'abattement forfaitaire suivi du barème progressif : dans ce cas, mieux vaut rester au régime par défaut.

TVA : rester en franchise ou facturer

Les seuils de franchise TVA sont indépendants des seuils du régime micro (colonne de droite du tableau) : on peut rester micro-entrepreneur tout en devenant redevable de la TVA. Sous le seuil de base, la franchise s'applique (mention obligatoire « TVA non applicable, art. 293 B du CGI »). Entre le seuil de base et le seuil majoré, la franchise est conservée jusqu'au 31 décembre, puis la TVA devient obligatoire au 1er janvier suivant. Au-delà du seuil majoré, la TVA est due immédiatement.

CFE : la taxe qu'on oublie

La cotisation foncière des entreprises s'applique même sans local commercial dédié (travail à domicile compris). Vous en êtes exonéré l'année de création, et au-delà si votre chiffre d'affaires ne dépasse pas 5 000 €. Ensuite, la loi fixe une base minimum par tranche de chiffre d'affaires, dans laquelle chaque commune choisit le montant exact :

Chiffre d'affaires (HT)Base minimum légale (fixée par la commune)
5 001 – 10 000 €247 – 589 €
10 001 – 32 600 €247 – 1 179 €
32 601 – 100 000 €247 – 2 477 €
100 001 – 250 000 €247 – 4 129 €
250 001 – 500 000 €247 – 5 897 €
Plus de 500 000 €247 – 7 669 €

Barème 2026 (article 1647 D du CGI). Impossible de donner un montant unique : il varie selon votre commune à l'intérieur de cette fourchette légale — renseignez-vous auprès de votre service des impôts des entreprises.

Le détail des démarches (comment déclarer votre CA à l'URSSAF, que faire en cas d'oubli, pourquoi les abattements diffèrent entre BIC et BNC) est traité en FAQ ci-dessous.

« Fiscalité de la micro-entreprise : cas concrets » (à venir) — un guide dédié détaillera des exemples chiffrés propres à chaque métier.

Expert-comptable : obligatoire ou optionnel ?

  • En micro-entreprise — non obligatoire et généralement inutile. La comptabilité se limite à la tenue d'un livre des recettes chronologique, à la conservation des factures/justificatifs pendant 10 ans, et à la déclaration mensuelle ou trimestrielle du chiffre d'affaires sur autoentrepreneur.urssaf.fr. Un logiciel de facturation ou un tableur bien tenu suffit largement.
  • En société (SASU, EURL) — la loi n'impose pas strictement un expert-comptable, mais la tenue des bilans annuels, du compte de résultat, des fiches de paie et l'approbation des comptes rend son recours quasi indispensable pour éviter les erreurs.
Coût indicatif — micro-entreprise : 0 € (ou environ 10 à 20 €/mois avec un logiciel de gestion dédié). Société : entre 1 200 et 2 500 € HT par an pour une gestion comptable complète. Fourchette indicative, à confirmer auprès d'un cabinet avant de s'engager.

Faut-il un compte bancaire dédié ?

Obligatoire uniquement si votre chiffre d'affaires dépasse 10 000 € sur deux années civiles consécutives (loi PACTE du 22 mai 2019) — vous avez alors 12 mois pour ouvrir ce compte après le franchissement du seuil. En dessous, vous pouvez légalement encaisser sur votre compte personnel. Dans tous les cas, ce compte n'a pas besoin d'être un compte professionnel payant : un simple compte courant séparé de vos dépenses personnelles suffit — utile aussi pour tenir votre livre des recettes sans avoir à trier les mouvements perso.

Conseil Auxeli — prenez un compte bancaire dédié dès le départ, même sous le seuil des 10 000 €. Ça évite de trier des mouvements personnels au moment de la déclaration URSSAF, et ça simplifie la preuve de vos recettes en cas de contrôle.

Assurance RC Pro : le principe général

Pour la grande majorité des activités de service, l'assurance responsabilité civile professionnelle n'est pas obligatoire. Certaines professions réglementées font exception (professions juridiques et médicales, bâtiment sous garantie décennale, entre autres) et doivent vérifier leur obligation spécifique. Pour les autres, Auxeli la recommande fortement : au premier incident avec un client ou une cliente, les frais de défense et d'indemnisation restent entièrement à la charge du professionnel non assuré.

Conseil Auxeli — comptez entre 200 € et 400 € par an pour une RC Pro (fourchette indicative, à confirmer selon les garanties). Le guide de votre métier détaille, quand c'est documenté, le risque concret propre à votre activité.

Questions fréquentes

Comment déclare-t-on son chiffre d'affaires à l'URSSAF ?+

Tout se passe en ligne sur autoentrepreneur.urssaf.fr, au rythme choisi à la création (mensuel par défaut, ou trimestriel). Vous déclarez uniquement le CA encaissé sur la période — pas le montant facturé — et la déclaration est obligatoire même à 0 €. À la création, un délai de grâce d'environ 90 jours s'applique avant la première échéance. En mensuel, chaque mois se déclare avant la fin du mois suivant ; en trimestriel, les échéances tombent fin avril, fin juillet, fin octobre et fin janvier.

Que se passe-t-il en cas d'oubli ou de retard de déclaration ?+

Chaque déclaration manquante ou tardive entraîne une pénalité forfaitaire (environ 60 € en 2026). Un premier oubli isolé peut être annulé au titre du droit à l'erreur, sous conditions (aucune défaillance similaire dans les 24 derniers mois, régularisation sous 30 jours). En cas de carence prolongée, l'URSSAF calcule une taxation d'office provisoire. Et si vous déclarez un chiffre d'affaires nul pendant 24 mois consécutifs (ou 8 trimestres), la micro-entreprise est radiée automatiquement — vous recevez un courrier d'alerte au préalable, avec un mois pour réagir, et le compteur repart à zéro dès le premier euro encaissé.

Pourquoi les abattements fiscaux sont-ils différents entre BIC et BNC ?+

L'abattement est censé représenter forfaitairement les charges moyennes de l'activité, puisque le régime micro ne déduit pas vos frais réels. La vente et l'artisanat (BIC) impliquent en moyenne des achats, du stock ou du matériel plus lourds, d'où un abattement plus élevé (71 % ou 50 %). Une activité intellectuelle ou de conseil (BNC) suppose des charges plus légères, d'où l'abattement de 34 %. C'est une convention forfaitaire, pas un calcul individualisé : un consultant dont les frais réels dépassent 34 % de ses recettes peut être désavantagé par le régime micro.

Quelles activités relèvent des BNC (bénéfices non commerciaux) ?+

Les BNC couvrent les activités où l'apport principal est intellectuel, technique ou de conseil, par opposition à la vente (BIC) ou à un métier manuel/artisanal (BIC) : consultant, coach, formateur, développeur, traducteur, graphiste, community manager, ou encore un photographe facturant des prestations de prise de vue. Des professions réglementées (médecin, avocat, expert-comptable...) sont aussi en BNC mais souvent incompatibles avec le statut de micro-entrepreneur selon leur caisse de retraite. Le code APE ne suffit pas à trancher : c'est la réalité de la prestation qui détermine la catégorie.

Je vends des produits en plus de mes prestations, comment déclarer les deux ?+

Vous devez ventiler votre chiffre d'affaires par nature dans votre livre des recettes et dans votre déclaration Urssaf, qui propose des cases distinctes pour les ventes et pour les prestations de services BIC (puis les cases 5KO et 5KP sur la déclaration de revenus 2042-C-PRO). Exemple : une esthéticienne qui encaisse 40 000 € de prestations et 6 000 € de vente de produits reste largement sous les seuils (83 600 € et 203 100 €), mais doit appliquer à chaque part son propre taux de cotisations (21,2 % contre 12,3 %) et son propre abattement (50 % contre 71 %) — tout déclarer en « prestations » revient à payer plus de cotisations que nécessaire sur la part vente.

Comment Auxeli établit cette page

Les seuils, abattements, taux de cotisations et règles de TVA sont ceux applicables en 2026 (seuils micro 2026-2028), vérifiés auprès des organismes officiels. Les fourchettes de coût (expert-comptable, RC Pro) restent indicatives et à confirmer au cas par cas.

Sources consultées

  • impots.gouv.fr — versement libératoire, barème de l'impôt sur le revenu
  • autoentrepreneur.urssaf.fr — seuils, cotisations, déclaration et pénalités
  • economie.gouv.fr — franchise en base de TVA
  • Bpifrance Création — cotisation foncière des entreprises (CFE)
  • Légifrance — article 293 B et article 1647 D du Code général des impôts

Dernière vérification de cette page : 16 septembre 2026.